Samedi 3 février 2007
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LETTRE OUVERTE A “L’ALLIANCE POUR LA PLANETE” ET “AUX AMIS DE LA TERRE”, COMMUNIQUE DE PRESSE, AVEC COPIE AUX SIGNATAIRES ET SYMPATHISANTS DU COLLECTIF “VERITE TCHERNOBYL”Madame, Monsieur,
IL EST TEMPS DE PASSER À AUTRE CHOSE
Le mouvement collectif du 1er février 2007 a peut-être représenté les prémices d’un vaste phénomène éthologique qui, sous des formes diverses, ne cessera plus de s’affirmer, de s’amplifier et de converger vers la recherche de l’efficacité universelle. Par-delà les modes de gestion politiques des Etats, sa volonté de structuration pourrait, en effet, se renforcer progressivement sous toutes les latitudes.
Le caractère improvisé de l’initiative française n’en a pas moins représenté quelque péril pour la stabilité du système électrique français. À tout le moins, le succès de la mobilisation recherchée portait infailliblement en germe le risque d’une émission supplémentaire de gaz à effet de serre (GES). Par bonheur, l’indéniable succès de l’opération résida dans son caractère symbolique, dans le fait que, totalement absorbée par les régulations automatiques de puissance, la baisse préméditée de ce modeste pourcent de consommation nationale n’eut aucune influence significative sur la sollicitation en cours des outils de production.
Pourtant, la démarche probablement intuitive des promoteurs de ce mouvement était non seulement la bonne, mais mérite désormais d’être structurée, amplifiée et pérennisée en vue d’une action citoyenne durable - parmi d’autres - de limitation massive de nos émissions de GES. On peut la présenter comme suit.
La production électrique est responsable de 40 % des émissions mondiales de CO2, le charbon rejetant, à lui seul, 25% de tous les Gaz à effet de serre (GES). Hélas, force est de constater qu’à défaut d’un ressaisissement de la communauté humaine, aussi radical qu’universel, ces proportions sont inexorablement appelées à perdurer, sinon à augmenter.
EDF, en particulier, sollicite de plus en plus souvent un parc « électro-thermique fossile » (fuel, gaz, charbon) de 9,5GW - représentant 10% de la puissance totale de son parc de production - pour couvrir quelque 15% des besoins de la puissance électrique nationale appelée en pointe. Une tendance qui s’accélère irrésistiblement, ainsi qu’en témoignent nos 21 TWh thermiques fossiles produits en pointe, en 2005, contre les 14 prévus, soit une augmentation observée de 28% par rapport à l’année précédente.
Il n’est donc pas surprenant que, d’ici à 2008, le projet industriel de l’opérateur historique prévoie d’augmenter sa capacité de production thermique fossile de pointe de 3100 MW. Non seulement, ce ne sera là qu’un début, mais, dès le premier juillet prochain, ses nouveaux concurrents s’apprêtent à lui opposer la production de quelque 4000 MW « électro-thermiques fossiles » supplémentaires sur un marché français de l’électricité désormais totalement ouvert à la concurrence.
Il se trouve que, par la grâce de la directive européenne NEC, le Plan National d’Allocation des Quotas (PNAQ) de CO2 attribué à la seule EDF - de 24 millions de tonnes par an pour la période 2005-2007 - doit prochainement passer à + 0%... de GES (référence 1990)… pour l’ensemble du pays ! Or, personne n’ignore que, chez nous comme chez nos voisins, la production de GES des seuls transports est en constante croissance.
De toute évidence, une mobilisation citoyenne réellement déterminée à relever un défi de cette ampleur - même non prescrit - ne trouverait ses premières marges de manœuvres, les plus commodes et les plus accessibles, que dans la limitation volontaire de la consommation électrique nationale de pointe.
S’efforcer collectivement de la contenir ne peut que consister à s’employer à neutraliser les velléités de construction et/ou de mises en service de chaudières à charbon et à gaz par une auto-modération planifiée de ce type de consommation. Soit… mais comment ? Tout simplement à l’aide du procédé ci-après exposé, dérivé de dispositions commerciales existantes, que l’on appellera Effacement Concerté durant les Heures À Pointes ; l’usage quelque peu artificiel du « À » n’ayant pour toute justification que de parvenir à l’acronyme évocateur et mnémotechnique : ECHAP.
Il ne s’agirait pas d’un contrat tarifaire passé entre le consommateur et son fournisseur, mais d’un contrat moral dûment formalisé entre l’usager et le gestionnaire national des mouvements d’énergie, RTE. Sur la base du volontariat, ce dernier serait probablement tout disposé à constituer le fichier ECHAP, ô combien précieux, des clients domestiques et professionnels se déclarant potentiellement prêts à limiter leur puissance de pointe, de façon aléatoire mais parfaitement programmable.
Les champs d’identification de chacun de ces volontaires ne seraient pas nécessairement nombreux : nom, adresse, puissance souscrite, puissances moyennes utilisées en hiver et en été calculées à partir des consommations… Moyennant des schémas préétablis et codés de modérations de puissance - libellés en pourcentages des puissances individuelles potentiellement appelables et en créneaux horaires - et moyennant le recours à un outil informatique suffisamment performant, l’optimisation quotidienne des prévisions nationales de pointes ne serait ensuite qu’un jeu d’enfant pour RTE.
Chaque adhérent ECHAP, à un moment donné disposé à l’effacement, aurait ainsi l’obligation de se déclarer à 24 heures, par courriel ou par SMS bénéficiant d’une totale garantie de confidentialité. Il devrait alors décliner son identifiant ainsi que le code rendant compte du pourcentage d’auto-modération choisi et du ou des créneaux horaires retenus, le lendemain, dans les deux plages de pointes « 8 h – 11 h30 » et « 17 h30 – 20 h30 ».
On entrevoit sans peine le potentiel d’optimisation qu’une telle organisation laisse raisonnablement espérer - par exemple, en matière d’interactivité numérique entre les partenaires, ou en ce qui concerne l’usage d’un comptage d’énergie désormais télé-consultable - et sur lequel il n’est pas nécessaire de spéculer pour se convaincre qu’il dispenserait RTE de mobiliser, plus que nécessaire, des outils de production thermique fossile de pointe. On pourrait d’ailleurs étendre la spéculation aux probables rétroactions économiques positives qu’une telle démarche collective est susceptible de générer.
C’est donc le moment ou jamais de rassembler l’ensemble des Français de bonne foi dans une union sacrée dont tous les efforts doivent désormais tendre vers un objectif national supérieur. L’heure n’est plus à la controverse sur le bien-fondé du nucléaire civil, que des considérations partisanes et idéologiques se plaisent à entretenir au mépris d’une réalité vécue et d’une autre, en gestation, pleine de promesses. Devant la gravité de la situation, la plus élémentaire sagesse doit amener à reconnaître que, de part et d’autre de cette ligne de divergence bien dérisoire, des citoyens également respectables ont un même souci de léguer à leurs descendants une planète viable, tant sur le plan environnemental et biotique, que sur le plan socio-économique et diplomatique. Or, la dégradation du climat et l’épuisement prévisible de ressources naturelles vitales placent aujourd’hui le genre humain devant un défi dont l’enjeu n’est autre que sa pérennité.
Pour les adeptes de l’écologie nucléaire, il va de soi que prétendre relever un défi de cette nature passe fatalement par le recours à l’énergie nucléaire, que ce que la science et la technique ont défait ici-bas, seules, la science et la technique peuvent désormais le refaire. Peu importe que les associations écologiques traditionnelles ne partagent pas la conviction de cette évidence. Si elles ne font pas un préalable rédhibitoire du renoncement absolu à l’énergie atomique, une puissante synergie devient alors possible entre toutes les composantes du mouvement associatif français, en mesure de le doter d’une potentialisation décisive dans sa mobilisation contre l’ennemi prioritaire du moment : le CO2. Les associations écologiques pro-nucléaires y seraient prêtes, de même qu’à proposer sans attendre à leurs partenaires potentiels de solliciter RTE sur la viabilité du projet ci-dessus.
Bien cordialement, ingénieur d'EDF retraité, animateur du collectif "Vérité Tchernobyl"
André PELLEN
Par PELLEN
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Publié dans : Association
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